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06 janvier 2012

Un soir

M est psychiatre. "Praticien hospitalier", de ceux qui n'ont jamais ménagé leur peine, rentrant chez lui pendant des années tard le soir, respecté, même aimé par les patients et leurs familles, et qui n'oublie pas, malgré un agenda plein à craquer, ses amis. Dont je fais partie. Depuis 2 mois, M. est en retraite. Impossible pour lui d'arrêter un boulot qui est sa vie. Alors M. a trouvé une petite maison biscornue pas trop chère, a proposé marteaux et pinceaux à ses nombreux enfants et ses copains, en a fait un "cabinet médical".

Hier soir, c'était l'inauguration. A. et moi sommes arrivées les premières, nous sommes extasiées sur la joliesse du lieu, le petit jardin, la future salle d'attente, les fauteuils récupérés aux puces. Et puis les amis ont débarqué, les rires, les gateaux. M. avait aussi invité les voisins, ou plutôt les voisines, 3 jeunes merveilles avec dégaines de princesses orientales.  D'abord on a parlé salsa, légumes bio, vélo, une petite conversation presque mondaine quoi.

L'heure avançait, le mistral secouait de plus en plus les fenêtres, la discussion a tourné. La psychiatrie, les services de l'hôpital qui ferment, les obligations de résultats qui vont laisser les pauvres gens s'étouffer avec leurs psychoses, leurs dépendances, leurs maladies bizarres, sur le bord de la route. A et sa femme ont raconté leur association, les subventions qui disparaissent, le silence assourdissant des "autorités" quand ils demandent de l'aide pour une personne en détresse. A a fermé les yeux sous son drôle de bonnet, A est psychologue, il a passé sa vie à tendre la main.

M a fait circuler les petits gateaux confectionnés par la mère des princesses. A parlé de son projet d'une "manifestation artistique" dans la salle d'attente en février. J'ai demandé si on va refaire ce genre de soirée tous les mois, M s'est enthousiasmé, tout le monde a ri, le gars à la chapka dont je n'ai pas retenu le nom a parlé de sculpture.

Sur la route du retour, dans la voiture (les branches sur la chaussée, le vent, toujours le vent), nous sommes tombées d'accord. Heureusement qu'il existe encore des êtres comme M.

 

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02 janvier 2012

Première(s) séance(s) de 2012

Impossible de s'allonger une fois par semaine sur un certain divan et de rater ce film. Hier soir, j'ai donc traversé les rues désertes, D. aurait du m'attendre devant le ciné, j'apprends ce matin qu'elle s'est endormie sur son canapé cette andouille, moi je vais tellement peu au cinéma que je ne vais pas faire demi-tour.

Bien m'en a pris. D'abord c'est le caissier avec qui je plaisante sur le compte ce vieux Sigmund S. qui m'applique d'office le "tarif réduit" auquel je n'ai pas droit, cadeau de bonne année pour vous. Nous sommes une vingtaine dans la salle, je peux m'étaler youpie.

Et puis le film. Belles images (Cronenberg quand même!), beaux acteurs, mais surtout l'histoire. Freud, Jung, Spielrein (dans le film la lumineuse Keira Knightley), ces découvreurs, ces avant-gardistes qui ont tout fait pour sortir les petits humains que nous sommes d'un certain fatalisme religieux. Dérangeant, pédagogue mais-pas-trop, une sorte de psychanalyse cinématographique en somme.....

En sortant de la salle (pas question d'aller boire un verre, tout est désespérément fermé), j'ai pensé avec ma relation avec P. Résolument platonique mais qui me comble autant qu'un amour passionné avec un amant fougueux. Est-ce dû à mon âge ou est-ce une sorte de transfert..? Demain soir, je retourne sur LE divan.....

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01 janvier 2012

Longo Maï!

Y a eu Noël en famille, boire (beaucoup), manger (trop), les cadeaux tous super, du rire, plein de rire, mais aussi de la fatigue, énormément de fatigue. Alors hier soir, après l'apéro chez D., je me suis sauvée, j'ai rejoint mon achélème. J'ai encore poliment décliné l'invitation de P. à passer chez lui l'aider à boire du vin blanc, canapé, pyjama, j'ai regardé "l"Armée du Crime", un Guedidjan pas drôle mais excellent.

A minuit, les gars de la tour d'en bas ont lancé leur feu d'artifice, toute la cité aux balcons en train de hurler, une nana qui s'époumonne bravo les gars, vive la cité, les mamans et les enfants qui descendent dans la rue; pendant une demie heure, un monde de fraternité a pointé son nez.....A peine deux petits passages de voitures de flics, les zaffreux auraient-ils été touchés par la Grâce...? Ou partis brûler des voitures et poubelles ailleurs....

Tout ça pour dire que je vous souhaite à TOUS une année d'amour(s), de fêtes, de bonheurs petits et grands, de couleurs et de parfums, et même de ...Révolution!!!!!

LONGO MAI! (qu'on peut traduire, par "que cela dure toujours", ou plus prosaïquement "à la tienne").

 

 

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20 décembre 2011

instant

j'ai le scotch, le papier de toutes les couleurs qui se déchire trop facilement, les ciseaux, 12 paquets à faire. Je finis le dernier ouf. Texto de P. Qui m'appelle jolie madame....

 

Dehors la nuit est tombée, le vent bouscule les pots de fleur du balcon. J'écoute la Barcarolle, je pleure de nous savoir en vie.

 

Fiston rentre, j'arrête, je souris.

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19 décembre 2011

L'Avent

Le mistral d'avant Noël, un grand classique, celui qui te gèle tout ce qui dépasse, le nez, les doigts, qui fait rêver de réveillons au coin du feu. Juste rêver parce que cette année, la Tantinette a payé les billets de train, ce sera chez le Frangin, dans son très joli et tout petit appart à quelques kilomètres de Paris. Avec une organisation béton of course: je vais dormir, ou plutôt tchatcher jusqu'à pas d'heure chez la Frangine; les fils seront dans la piaule de leur cousin, vodka et cigarettes bizarres en vue, pas de messe de minuit pour ces jeunes fêtards.Et le 25 à midi (14 heures....?), ce sera les chemises blanches, les robes et tenues "du dimanche" pour festoyer chez la Tantinette.

Combien d'années que je n'ai passé Noël en famille, au départ je n'avais pas plus envie que ça, et puis les coups de fil dans tous les sens, les fils qui cherchent le scotch, la Tantinette qui glisse au détour d'une phrase que c'est peut-être son dernier (87 ans, mais ça fait pas mal d'années qu'elle annonce son départ, on n'y croit plus......), je m'y suis collée. Dans ma chambre, un sac plein de tout petits cadeaux pas chers mais fort charmants, devant l'insistance de la Princesse, j'ai même investi dans une robe. Longue, grise, simple, mais une robe. La dite Princesse que reste ici avec le chat, parce qu'elle a envie de passer Noël seule pour une fois. Je n'ai pas insité, j'ai revu les "obligations famliliales" de ma jeunesse à moi, jaurais bien aimé des fois "le" passer seule....

Hier soir, c'était l'ouverture du Festival des Enfants de Hyères. Une des plus jolies manifestations de l'année. Je me revois avec mes 3 petits loustics, foncer sur les 13 desserts, essuyer le chocolat renversé sur les moufles, dans ce décor magique de la Villa de Noailles. A cause de ce vent d'hiver, hier, le buffet était installé dans l'ancienne piscine, celle où la Marie-Laure, Cocteau, Man Ray, Pierre Clementi, tant d'autres faisaient les fous dans leurs drôles de maillots. Fiston m'accompagnait, mon petit dernier qui drague effrontément les jeunes femmes devant moi, va chercher du rosé au buffet, rit à mes blagues idiotes, et puis se tait. Lève la tête, regarde les plafonds, me parle de Mallet-Stevens.

Après, nous passons chez P. Qui a préparé un apéro géant, nous n'avons plus faim, mais nous faisons honneur quand même. P. raconte ses nuits dans les parcs, devant les boites de nuit un peu louches, les capotes dans la poche, les discussions avec les gamins qui se prennent pour des icones gay mais qui se feront plomber parce que personne ne s'occupe d'eux. On parle prévention, éducation, société "en décomposition". P ouvre une autre bouteille, Fiston somnole en souriant.

Nous sommes rentrés tard, dans la voiture, Fiston s'est réveillé, c'était son tour de me faire rire.

Hier soir, il y avait comme une odeur de Noël sous les bourrasques du mistral.

 

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10 décembre 2011

Les femmes, les hommes

 

Certes, à la place des bonnets enrubannés, il y a des cheveux de toutes les couleurs, parce qu'on le vaut bien, et, en place des jupons et bottines, des jeans, jupes courtes avec bottes ou baskets.

Mais voilà-t-il pas que, comme le dit H., , on se bat déjà contre les vautours de la terre entière, on ne va pas en plus s'alpaguer contre nos propres camarades...

Alors, alors.... on va le monter ce groupe de femmes! Et ça va dépoter , je ne te dis que ça!

Car, comme l'a affirmé un certain Engels, l'émancipation de la classe ouvrière ne sera effective que lorsque les femmes seront pleinement émancipées....(citation approximative, mais l'esprit y est!)

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07 décembre 2011

Notation

C'est hier soir, j'arrive à mon 2éme boulot de la journée. Dans une école primaire qui accueille tous les gamins du quartier, mais aussi les enfants des gars de la caserne en face. Enfin nous, on voit surtout les premiers. Mon charmant jeune collègue et moi nous apprêtons à passer 2 heures avec 12 loustics entre 7 et 11 ans. Lui aux devoirs, moi à essayer de monter un "projet culturel", c'est à dire à empêcher les uns de hurler trop fort et de déranger ceux qui transpirent sur les conjugaisons et autres tables de multiplication.

Mais d'abord, moment sacré, le goûter. En gros, tu vois arriver des petits bolides qui balancent leur sac, et repartent dans la cour avec le casse-croûte. Et tant qu'à faire, vont immédiatement essayer de  se planquer dans les endroits interdits, c'est tellement plus drôle. Mon collègue remplit la feuille d'appel, j'oblige une petite fille à remettre son manteau pour sortir, y a du mistral et ça caille.

Et puis arrive une peite Fifi Brindacier un peu orientale (c'est très coloré comme groupe et tant mieux!), une qui ne sait pas te parler sans hurler. Des fois que les "vieux", ceux qui ont passé les 14 ans et demie quoi, soient tous sourds.Qui a appris à lire en 2 mois, qui engueule régulièrement ses copains, et qui sait prendre un air angélique quand on fait les "gros yeux". Se plante devant nous, et balance d'un trait: On a fini les contrôles, j'ai eu 3 A!!!!

Hier soir, dans le quartier, il y avait donc une famille qui fêtait les 3 A....

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05 décembre 2011

Du blé

Chaque année en Provence, quand revient Noël, parents et enfants s'affairent aux préparatifs de cette joyeuse grande fête. Dès le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, on met à germer sur un lit de coton humide quelques grains de blé dans trois soucoupes qui figurent la Trinité. Soigneusement arrosées, elles donneront ces petits champs miniatures qui orneront de leur verdure la crèche familiale et la table du gros souper lors de la veillée de Noël, soirée empreinte de symbolisme .
“Quand lou blad ven ben, tout va ben”
(Quand le blé va bien, tout va bien),
ce dicton provençal dit que le blé de la Sainte-Barbe est sacré car ses pousses présagent de l'année à venir. Droites et bien vertes, elles apporteront bonheur et prospérité, couchées et jaunies, elles annoncent du malheur. (extrait site "Provence-Québec")

Un résolument païen de mes amis me parle d'origines antiques, d'un symbole de fécondité nettement moins chrétien...En attendant, ma coupelle est sur la table basse depuis hier, au cas où ça fonctionne, ce truc de "prospérité", cette année....

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03 décembre 2011

Les beaux jours sont encore loin

Je reviens de la pharmacie, parce qu'en plus d'un genou qui déraille (rhumato en janvier, youpie), j'ai chopé une bonne crève. Ils sont une dizaine devant l'entrée de l'immeuble: devant, pas dedans, hier soir, les copains de Fiston ont fait service d'ordre. Je dis bonsoir, ben oui, j'ai été élevée comme ça, je dis bonsoir, même à des merdeux qui nous pourrissent la vie. Certains répondent, d'autres s'enfoncent la capuche sur les yeux, je passe.

Et j'entends elle peut aller se faire en..... la femme. Je bloque, mes baskets font un très joli dérapage contrôlé dans le hall de l'immeuble. L'auteur de ces propos ô combien poétiques est assis par terre, pue la bière et fume un énorme truc. D'abord je demande si, dans leurs familles respectives, on peut parler aux "mamans" de cette façon, Un encapuché qui doit avoir 16 ans à tout casser ricane bêtement, un autre concède que non, un troisième ajoute que faut pas faire attention madame, il est fou et en plus il a un couteau. Trop tard, je craque. Je sais, une personne sensée rentrerait chez elle et au pire, appellerait la maison poulaga qui de toute façon ne se déplacerait pas. J'engueule tout le monde, il ya comme un silence. Que le "fou" rompt par des propos plus qu'obscènes en me crachant son haleine chargée au nez.

Là, je fonce chez moi, et, à peine rentrée, tout me tombe dessus. La fatigue, marre de la situation de "précarité", et en plus je me fais insulter. Mes 3 à moi sont là, m'interrogent. Fils Ainé se fige, enfile ses pompes à toute vitesse, Fiston le suit. Maman tu restes là, on s'en occupe. Mais le mot "couteau" est là, je dévale l'escalier derrière eux, j'oublie mes genoux. Fils Ainé, impressionnant (il soulève de la fonte tous les soirs avant de se coucher quand même), la colère froide alors c'est lequel qui insulte ma mère.....L'insulteur a récupéré son casque, je me tiens à 20 cms de Fils Ainé toi tu m'insultes pas mais tu touches pas non plus mon fils. Et puis tout s'accélère, Fiston se tourne vers un gars haut comme 3 pommes tu sais ce que c'est le respect, et un copain débarque. K qui a grandi en même temps que Fiston, qui a récemment laissé tomber la console de jeux pour le coran certes, mais qui a été champion de tae-kwen-do , qui en a gardé une carrure fort respectable, et qui me fait la bise quand on se croise. L'insulteur se faufile, disparait dans la nuit. Les autres se lâchent un peu du coup, racontent la vie de ce gars, sa mère qui l'a foutu dehors, la prison , même au tribunal, il a mal parlé au juge. Fils Ainé toise tout le monde, Fiston a les bras croisés, K résume, vous rentrez chez vous, on veut plus vous voir. Cette dame elle est gentille, alors vous la laissez se reposer, ça suffit maintenant.

Après, K. demande à Fiston si il peut l'aider pour un exercice d'"arts appliqués", Fiston rigole et part avec lui, Fils Ainé va voir sa chérie, mais oui maman je fais attention, c'est des morveux, allez bonne soirée.

Mais à Toulon , Nicolas S., l'autre soir, s'est félicité. Tout va bien donc....


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29 novembre 2011

Spiritland

 

C'est un soir d'été 95, le frangin fait déjà dans les tournées de musicos, je pars à Bandol avec mon amoureux. Mon Frangin m'a dit le plus grand bien du monsieur qu'il produit, ma foi je ne connais pas.

Avant le concert, on passe à l'hôtel, très joli, à l'écart du bordel estival. A la terrasse, autour d'une bière (enfin plusieurs), le frère et le groupe. Et Coco donc. Qui m'intimide tant, ce demi indien de la Nouvelle Orléans, avec ses trucs bizarres autour du cou, la natte dans le dos et le sourire qui fait fondre.Comme une apparition.

Un premier concert de Coco Robicheaux, c'était comme une grande claque. La voix,  les textes, et l'homme surtout l'homme. Ce soir là j'ai craqué je dois dire. Pendant plusieurs annnées, j'ai trainé l'amoureux, des amis dans tous les concerts de Coco à moins de 400 kilomètres. pour passer des heures "backstage" à écouter ce fou raconter des histoires d'un autre monde. Jai hurlé devant des scènes, bu le café des lendemains de nuit blanche avec le Spiritman et ses musiciens (presqu'aussi génialement cinglés, magnifiques). Et quand Coco m'offrait du feu en se penchant vers moi, qu'il sortait tout son français pour me dire tout le plaisir est pour moi, je voyageais, j'allais vers le Bayou.

Je ne sais pas pourquoi Coco n'est pas très connu en France, excepté des fous de blues. Il est parti vendredi, à 64 ans, son coeur de musicien s'est arrêté. la Nouvelle Orléans chante et pleure, moi j'ai le vrai gros blues.

Au revoir, Medicine Man. Et merci....

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