j'avais vu ce film au temps de ma belle jeunesse....

Scoop: les "pauvres" ne sont pas tous des anges. Aujourd'hui jeudi, c'était non pas raviolis, mais jour du colis, ça rime aussi. J'arrive crevée, d'abord mon abruti de chat m'a réveillée à 5h00 ce matin, et puis aujourd'hui, au-grand- boulot (celui de 20 heures), j'ai dépoté comme une malade. Tapé 3 CV, ou comment fabriquer un "vécu professionnel" à des gars qui n'ont connu que travaux au black, ou pour certains les geôles de la république, reboosté cette femme qui a 3 CAP, a déjà bossé partout, même sur des chantiers, et qui ne trouve rien, expliqué patiemment, enfin je crois, à un travailleur social que, non, mr Machin n'est plus ici, non, je ne sais pas pourquoi il ne se manifeste plus, et même reçu la maison poulaga qui recherche un "ancien". Me suis crue dans FBI Portés disparus quand un gars m'a ouvert sa carte police nationale madame. et tout le reste, y aurait de quoi faire un film. Noir, le film, mais avec quand même des moments de vraie rigolade, on n'est pas des chiens.

Me voici donc vautrée sur une chaise dans la toujours sinistre salle du Secours cath, celle où on récupère The ticket. Déjà, je me fais piquer mon tour par 2 personnes, je ne dis rien, mais je dois regarder de travers, un gars se tourne vers moi ah, vous étiez avant moi..? Mais non, j'attends le casting du dernier Guedidjian.. Bon, je ne dis pas ça du tout, j'aboie en fait "pas grave, c'est une habitude à prendre", le gars ne s'excuse pas, me regarde méchant. Séquence très grosse émotion quand je m'assois à la table "du ticket", une bénévole, une qui fait bien catho mais c'est pas une raison, s'est fait chourer son portable. Je m'émeus (sincèrement), remballe mon émotion parce que là, je me fais presque engueuler.

Après, c'est comme d'hab, faut aller faire le poireau dans la rue plus loin, devant le garage où la bouffe est distribuée (colis de plus en plus maigre d'ailleurs, de plus en plus de gens et de moins en moins de dons de la grande distribution si j'ai bien compris). Dans les bénévoles, il ya P., que j'ai connu chez des amis communs. Qui dénote bien au milieu des braves gens du S.C. avec ses gilets brodés, sa barbiche, et ses bracelets indiens.  pointe son nez, me claque une bise, m'embarque chez lui tout à côté. Une petite piaule biscornue, avec une cuisine hyper fonctionnelle, P n'a pas un rond, mais il a 3 Passions: le bénévolat, la musique et la cuisine. Me fait goûter un riz indien qu'il est en train de se préparer, m'offre une clope, bon, faut que je reparte prendre mon tour. Regards peu amènes de certains, quand P. rentre dans le garage, une petite  nana se tourne vers son voisin, pour qui il se prend lui, c'est facile de faire le beau, il doit bien se servir dans les frigos. Le voisin ricane. Un gars bizarre, looké à la Mad Max (si, si) ajoute au lieu de draguer, ferait mieux de nous servir, on n'a pas que ça à foutre.

Là, j'oublie mon genou, je me mets en face de Mad Max et j'explique. Que certes, ce n'est pas un moment agréable, que bouffer grâce à un truc subventionné par l'église catholique, apostolique et romaine quand on est athée, ça fait bizarre, je suis d'accord. En attendant, ces gens se fatiguent, ils pourraient rester chez eux à boire des coups tranquilles, que P. est aussi fauché que nous tous, qu'en plus il est sympa, que si vraiment ça défrise d'être là, ben on ne vient pas et on  se démerde autrement. La petite nana regarde ses pieds, son voisin fouille dans ses poches, Mad Max marmonne qu'il a rien dit. Ben, moi, si et si quelqu'un veut continuer la discussion, je suis open...

Je sais, ils sont mal et se trompent d'ennemis. Et il n'y a plus personne pour leur expliquer la lutte des classes. Mais au moins la politesse, je lâche pas là-dessus!

En même temps, c'est peut-être pas faux que P. me drague un peu. Et ça ne me déplait pas tant que ça....